7 janvier 2012
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par Claude Gey, enseignant au CATC
Quand la Lumière est notre référent
Lors du deuxième dimanche après Noël, chaque nouvelle année, est célébrée pour les chrétiens la fête de l’Epiphanie.
Elle traduit la visite des rois mages à Jésus, nouveau-né. En réalité, cette fête achève un cycle de douze jours après Noël ; douze étant naturellement un chiffre symbolique (douze mois, douze heures, douze Apôtres, douze tribus d’Israël, etc.). A cette date, les jours commencent à s’allonger sensiblement, la Lumière s’agrandit. L’Epiphanie est une fête qui manifeste la Lumière. D’ailleurs la galette par sa forme ronde ne manifeste-t-elle pas le Soleil !
Epiphanie veut dire en grec : se manifester, apparaître (ou Théophanie pour l’église Byzantine : manifestation de Dieu). Il s’agit de célébrer la naissance d’un enfant dans le peuple juif dont il est le messie (ce qui signifie : oint du Seigneur, le Sauveur) et sa rencontre avec le monde païen, symbolisé par les mages de l’Evangile.
Mais auparavant, c’est une autre lumière qui va aider les rois mages à trouver le lieu où le nouveau-né est venu, Lumière du monde (Jn 8,12), Lumière né de la lumière (symbole de Nicée)…
En effet, Saint Mathieu (Mt 2, 9-10) nous dit : « voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’astre, ils se réjouirent d’une très grande joie. »
On retient surtout de l’étoile sa qualité de luminaire, de source de lumière.
L’étoile polaire joue dans la symbolique universelle un rôle privilégié, celui de centre absolu autour duquel, éternellement, pivote le firmament. Tout le ciel tourne autour de ce point fixe, qui évoque à la fois le Premier moteur immobile et le centre de l’univers : c’est par rapport à cette étoile que se définissent la position des étoiles, celle des navigateurs, celle des nomades, des caravaniers, de tous les errants dans les déserts de la terre, des mers et du ciel.
En Chine, c’est à elle que l’on compare l’Etre princier, le Noble, le Sage ; le Kiun-tseu est comme une étoile polaire fixe, vers laquelle toutes les autres étoiles se tournent dans le geste d’une salutation cosmique.
« Ce pôle céleste symbolise le centre auquel tout se réfère, le Principe d’où tout émane, le Moteur qui meut tout et le chef autour duquel gravitent les astres comme une cour autour de son roi » (« introduction au monde des symboles » G. Champeaux).
De nombreuses traditions font référence à l’étoile polaire :
Selon la tradition turco-tatare « au milieu du ciel brille l’étoile polaire qui fixe la tente céleste comme un piquet ». Les Lapons de Scandinavie appellent l’étoile polaire « le Pilier du Ciel ou le Pilier du Monde » ; etc.
D’après la tradition islamique, l’endroit le plus haut de la terre est la Ka’aba, puisque « l’étoile polaire prouve qu’elle se trouve exactement au-dessous du centre du ciel ».
L’étoile est aussi théophanie, une manifestation de Dieu dans la nuit de la foi, pour préserver de toutes les embuches du chemin qui conduit la créature vers son Créateur. Elle luit non seulement dans le ciel physique, mais dans le cœur de l’homme, obscurci par les passions.
Chez les Indiens Pieds-Noirs « l’étoile immobile est une ouverture ménagée dans la voûte céleste par laquelle Soatsaki (un héros légendaire) a été emporté dans le ciel et est ensuite redescendu sur terre ».
Nombril du monde, placée au sommet de la montagne du monde par la plupart des traditions asiatiques, en Asie Mineure, en Inde, en Asie centrale, elle indique la demeure du Dieu suprême. C’est la raison pour laquelle les habitants de ces régions ont souvent placé les autels de leurs temples dans la direction du Nord.
Dans la Bible (Isaïe 14 ; 13) « je m’assiérai sur la montagne où siègent les dieux, dans les régions lointaines du Septentrion ».
La Polaire étant le centre de l’univers, son pivot, elle est évoquée dans les rites de mariage védiques par les fiancés, pour que soit assurée leur descendance. Le mari joue le rôle d’étoile polaire dans le petit univers du foyer.
Plus largement, au-delà de l’étoile polaire elle-même, les étoiles percent l’obscurité et sont aussi des phares projetés sur nos nuits imaginaires.
L’étoile à cinq branches, quant à elle, est le symbole de la manifestation centrale de la Lumière, du centre mystique ; elle est en outre un symbole du microcosme humain. De son côté, l’étoile à six branches, emblème du judaïsme, avec ses deux triangles inversés et enlacés (Sceau de Salomon) symbolise l’étreinte de l’esprit et de la matière, des principes actif et passif, le rythme de leur dynamisme, la loi de l’évolution et de l’involution. L’étoile à sept branches participe du symbolisme du nombre sept ; unissant le carré et le triangle, elle figure l’harmonie du monde, l’arc- en-ciel aux sept couleurs, l’être humain dans sa totalité, etc.
Le terme étoile semble être tellement chargé de sens qu’il est utilisé à des fins très diverses :
Coucher à la belle étoile ; les étoiles de certains drapeaux ; insigne du grade des officiers généraux ; rond-point où aboutissent des allées, des avenues ; un artiste célèbre ; nom de divers animaux ou fleurs (étoile de mer ; étoile d’argent : edelweiss) ; classification de certains hôtels-restaurants ; etc. Elle peut également symboliser la destinée : « son étoile pâlit, blanchit » quand il est sur le déclin ; sa chance diminue. C’est alors, qu’il vaut mieux « être né sous une bonne étoile », avoir de la chance dans ses entreprises.
Au CATC lorsque nous abordons les notions de « centre », de « référent », nous essayons de faire passer une notion importante au regard de la Tradition, celle de stabilité. Pas de description possible d’un phénomène sans nommer un référent, sinon tout est tout et tout est flou. Bien plus encore, et dans un autre ordre d’idée, le centre de l’individu est intimement « habité » par Wu Ji, l’Infini, l’Absolu, le Tout-Autre, Lumière au sein même de notre être, notre « étoile polaire », celle qui, si nous y prêtons attention, peut nous guider et nous conduire sur notre chemin de réalisation, comme les rois mages ont pu parvenir au lieu recherché où brillait déjà une petite Lumière.