7 janvier 2012
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Michel Laurent
Quand les enfants atteignent l’âge de 5 ou 7 ans, il semble difficile aux parents de leur révéler ce qu’ils pensent être l’inexistence du Père Noël, et de leur avouer que ce sont eux qui ont déposé les cadeaux au pied du sapin. Mais qu’en est-il réellement de ces cadeaux au pied du sapin ? Et si c’était les parents qui se trompaient, en dépit de toute évidence ?
Les fêtes de Noël, même si elles sont devenues une grande fête de la consommation, sont étroitement liées à la symbolique de l’incarnation du Verbe. Ce Verbe incarné, c’est l’irruption dans le monde des hommes, et en mode humain, de la Présence du Mystère de Vie.
Quel lien avec les cadeaux au pied du sapin ?
Une des symboliques de l’arbre, et en particulier du sapin qui est toujours vert, est celle de l’Axe du monde qui confère à celui-ci d’une part sa réalité, son ordre intrinsèque et d’autre part, la possibilité, pour ceux qui sont de ce monde, d’atteindre aux états supérieurs de conscience spirituelle.
C’est la même symbolique que celle du mât auquel Ulysse est attaché ; Ulysse entend les sirènes, mais ne cède pas à leur appel, car il est attaché à ce qui vient d’au-delà de lui, à ce qui est la source et le Principe de toute vie, et ainsi peut-il échapper au péril que ces sirènes représentent en attirant les bateaux sur des récifs. Le mât du navire symbolise lui aussi cet axe du monde duquel tout procède. Parmi les symboles de l’axe des mondes, nous avons l’arbre, le mât, mais aussi l’épée.
Le sapin représente donc la présence du divin et
nous pouvons, à ses pieds, découvrir les cadeaux qu’il nous apporte. Le Père
Noël est donc la personnalisation de ce qui nous est offert si nous nous
mettons humblement au pied de cet arbre, auquel, par l’intermédiaire des boules
et des guirlandes, nous avons fait notre offrande et exprimé notre
re-connaissance. Nous décorons l’arbre d’objets de lumière, pour traduire notre
propre quête de lumière, laquelle ne peut venir que d’en haut, de ce qui
dépasse notre modeste condition terrestre éphémère.
Autrefois, au pied de cet arbre, les cadeaux, peu
nombreux, étaient déposés dans des sabots de bois. Portés par les plus pauvres des hommes, leurs sabots les reliaient à la terre qu’ils
arpentaient en peinant aux travaux des champs. Ainsi des cadeaux sont déposés
dans ce qui nous relie à cette terre que nous arpentons, plus ou moins
aisément, pendant quelques décennies. Ces cadeaux transparaissent dans les
circonstances de notre existence lorsque nous nous en remettons avec confiance
à ce qui nous est donné, et que nous nous attachons à cet arbre de vie. Cet
attachement consiste à cultiver, du mieux que nous pouvons, la sincérité, la
droiture, le respect de la parole donnée, le détachement, la simplicité, et la
bienveillance. Et c’est alors que nous pouvons réaliser que le Père Noël existe
et qu’il est « présent », qu’il est « cadeau ». Présent
n’est-il pas synonyme de cadeau ?
Considérons ces cadeaux au pied du sapin, emballés
dans des papiers brillants et décorés ; l’enfant va rapidement faire
sauter les bolducs, déchirer cette enveloppe extérieure pour enfin découvrir ce
qui est à l’intérieur, ce qui est caché, et qui lui est destiné. Ainsi les
circonstances-cadeaux, qui nous sont donnés quand nous nous mettons au pied du
sapin, au pied de ce qui témoigne du lien au Mystère, ou quand nous nous
attachons au mât, sont à dépouiller de leur enveloppe circonstancielle pour que
nous puissions en discerner intuitivement la nature profonde et le trésor
qu’elles recèlent… pour nous.
Considérons aussi cette cheminée par laquelle le Père Noël passe ; ce conduit qui relie l’intérieur de la maison au ciel ; cela symbolise le lien entre notre monde (la maison) et l’au-delà du monde (l’atmosphère). Ce bois qui brûle ce sont les actes que nous posons, et leur produit (flammes et fumée) est envoyé, par ce conduit, vers le haut, dans l’au-delà de ce monde d’où nous reviendront les cadeaux trans-portés par ce Père Noël.
Il est intéressant de constater à quel point, à
notre époque, la plupart des enfants, dont les parents ont quelques moyens,
sont couverts voire submergés de cadeaux. Un peu comme si ces parents qui
ont, le plus souvent et de plus en plus, « perdu de vue » le sens du
divin, voulaient compenser cette perte qu’ils ne réalisent pas comme telle
par la surabondance matérielle. Et ces cadeaux, trop nombreux, à peine
déballés, dérisoires symboles ignorés, vont s’entasser dans des coffre à
jouets qui leur tiendront lieu de sépulture. Et il en est de même pour les
adultes de ce monde qui s’évertuent à produire des jouets technologiques de
plus en plus nombreux et sophistiqués, pour tenter de compenser le handicap
psychique qui les empêche de réaliser le cadeau de Vie qui leur est donné, et
de prendre conscience qu’il y a un arbre au pied duquel on peut recueillir ce
qui ne s’achète pas et n’est pas fait de main d’homme.
Alors il ne sert à rien de se croire obligé de révéler à l’enfant que le père Noël n’existe pas, puisque ce n’est pas vrai. Et les parents qui déposent les cadeaux au pied du sapin ne font que reproduire, dans un geste symbolique et sans le savoir, le don-cadeau que la bienveillante providence octroie à chacun, en réponse à sa posture au pied du sapin.